«UN CADEAU DU CIEL »

Dans une version un peu différente, le billet qui suit a été publié en 2004 dans le bulletin Reflets de La Clarté-Dieu. Quelques jours après la célébration de la Pentecôte et avant le début de la prochaine exposition, nous republions ce texte sur les liens entre l’art et l’Esprit, sur cette force « plus grande que soi » présente, mystérieusement, dans la création artistique.

« Un cadeau du ciel »

Elle tenait entre ses mains une icône de la Vierge portant l’Enfant. Leurs regards se croisaient. La lumière sur le visage de la Mère semblait éclairer la rencontre d’une apaisante douceur, et le silence, tel un parfum, se répandait mystérieusement dans tous les recoins de l’atelier.

La jeune artiste, émerveillée autant qu’étonnée, s’est alors demandé : « Est-ce bien moi qui l’ai peinte ? Comment ai-je pu faire cela ? » 

Bien sûr, elle reconnaissait son coup de pinceau, la couleur de ses pigments, sa manière bien personnelle de déposer la matière sur le support. Elle savait aussi le nombre de croquis qu’il lui avait fallu tracer et les longues heures passées à l’atelier, sans oublier la fatigue inhérente à cet exercice de patience. Cependant, quelque chose d’indicible la dépassait grandement et la bouleversait jusqu’en son cœur. 

« Je crois, dit-elle, que cela m’a été donné. »

Cette artiste qui crée n’est-elle pas elle-même créée, façonnée, enfantée, à mesure que l’image naît sous ses yeux et qu’elle lui révèle une part de sa vérité ? L’œuvre ainsi créée lui raconte ce qu’elle est mais aussi ce qu’elle sera, puisque chacun de ses tableaux, en racontant un pan de sa vie, en déploie presque aussitôt un nouveau. Chaque œuvre créée en appelle une autre qui la prolongera puisqu’elle fait sourdre une tension intérieure toujours fraîche, une soif d’aller encore plus loin, un désir de toucher l’Absolu. Un saint moine disait un jour que l’homme n’est pas véritablement ivre de ce qu’il a bu mais plutôt de ce qu’il ne boira jamais.

On me demande parfois de raconter la naissance de La Clarté-Dieu. Il me faudrait évoquer à chaque fois cet état d’émerveillement qui ré-enchantait ma vie dès que j’osais moi aussi mettre sur une toile ce qui jaillissait de mon être. J’appréhendais comme tout naturellement l’action créatrice de Dieu et je pressentais que la véritable raison d’être d’une œuvre d’art, c’était d’ouvrir une brèche sur le monde surnaturel.

 -3-Petit à petit, des compagnons et compagnes ont voulu partager cette quête qui en moi ne demandait qu’à prendre plus de place. Les portes de mon atelier s’ouvraient de plus en plus souvent. Et c’est ainsi qu’une aventure a commencé et sans savoir où nous allions, nous avons avancé de plus en plus nombreux, avec la confiance des disciples qui gardent les yeux rivés sur le Maître et qui restent vigilants à sa Voix. Et selon la belle expression d’une amie, « nous avons tenté de tenir le chemin tout en inventant la route » pour que s’établisse, au cœur de la cité, une réelle communauté de vie et de foi. 

Si la beauté a été capable d’élever notre esprit, d’éveiller notre âme ou d’apaiser notre cœur, n’a-t-elle pas été aussi pour nous un chemin privilégié pour la rencontre de Dieu et pour l’écoute d’une Parole toute neuve ? Un chemin royal qui mène à l’existence profonde ? À plus grand que soi ?

Nous avons raison de vouloir faire mémoire, de relire le chemin parcouru, de continuer et de célébrer simplement puisque nous avons discerné la présence discrète mais fidèle de Celui qui met en nous l’empreinte de son infinie beauté. Par la joie partagée et la grâce de l’amitié, qui sait, peut-être retrouverons-nous la grâce des commencements, la jeunesse de nos engagements et l’audace d’avancer toujours plus au large. L’Esprit qui fait toutes choses nouvelles est toujours à l’œuvre. Il nous insuffle donc aujourd’hui et toujours son énergie créatrice et nous permet de continuer de tracer humblement l’esquisse du Royaume d’amour et de justice que nous espérons tous si ardemment. Oui, c’est possible de changer le monde… une œuvre à la fois !

« Seigneur, consolide pour nous l’ouvrage de nos mains. » (Ps 89)

Roger Chabot,

pasteur et animateur de La Clarté-Dieu

Image: Oeuvre de Roger Chabot